Rotary Green Startup Weekend : l’éco-entrepreneuriat en action

Concilier économie et écologie, un doux rêve ? C’est une question dont la réponse prend une franche direction grâce à des Rotariens en France qui ont organisés en avril dernier un séminaire et concours en visioconférence de projets d’entreprises porteurs de solutions contre la dégradation de l’environnement. Le premier « Rotary Green Startup Weekend » a donné la réplique pendant 54 heures à une dizaine de jeunes éco-entrepreneurs pour les aider à concrétiser leurs rêves. Le projet lauréat de l’édition 2021, Worm Generation, donne le ton par son projet surprenant… et c’est plutôt convaincant.

C’est Paul Harris, fondateur du Rotary International, qui a dit que « […] rêver n’est pas si mal si le rêve est beau et qu’il se réalise ». Et c’est ce que des Rotariens de la zone 13 ont illustré en ayant lancé du 16 au 18 avril 2021, la première édition de « Rotary Green Startup Weekend », un séminaire en live sur YouTube, qui a accompagné pendant trois jours les prototypes d’entreprises de jeunes professionnels, fondamentalement tournés vers l’écologie. Aux côtés des coordinateurs et des animateurs rotariens de l’événement, des professionnels de l’éco-entrepreneuriat, des experts en droit, stratégie, finance, marketing, économie sociale et solidaire, ont coaché, affiné et conseillé les projets résolument innovants de candidats soigneusement sélectionnés.

A l’issue de ces trois jours intensifs, le séminaire s’est clôturé par l’attribution de prix aux six projets les plus pertinents et au business plans les plus solides. Cette année, le premier prix a été décerné à la startup « Worm Generation » qui a convaincu par son projet de fermes de vers capables de se nourrir de plastiques et de les recycler. C’est son fondateur, Vincent Heurtel, ingénieur agronome, qui a présenté et défendu cette idée pendant l’événement. Nous l’avons interviewé pour La voix du Rotary afin de vous dévoiler son projet visionnaire et vous faire découvrir le premier Rotary Green Startup Weekend au travers de sa participation.


Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots en quoi consiste votre projet, et comment l’aventure de Worm Generation a-t-elle commencée ?

Le concept de Worm Generation est simple et low tech : utiliser la nature (des vers de farine, larves d’insecte Ténébrion) pour biodégrader des ressources inexploitées (plastiques en fin de vie et coproduits alimentaires) dans des fermes verticales, afin de les valoriser en de nouvelles ressources à valeurs ajoutées (les larves en aliments protéinés et leurs déjections en fertilisants naturels).

Un service de valorisation de plastique à destination des entreprises ou gestionnaires de déchets, promouvant l’économie circulaire, le local, l’économie solidaire et sociale qui permet de diminuer les 8 millions de tonnes de plastique se retrouvant dans nos océans chaque année.

Worm Generation a émergé en janvier 2020 pendant ma spécialisation d’école d’ingénieur agronome à l’ENSAIA dans le cadre du projet ERASMUS+ de l’Union Européenne BUILDS auquel j’ai participé, collaboration de 3 universités européennes (WU, IAAC, ENSAIA) et de partenaires professionnels. Le but était de créer des idées de startup à partir de solutions basées sur la nature pour la ville de demain.

Pour la petite anecdote, durant un stage au lycée dans un zoo, j’ai pris et gardé dans ma poche une poignée de vers de farine pour faire un élevage dans une boite à chaussure sous mon bureau et les utiliser pour la pêche. C’est en faisant des recherches sur ces insectes à ce moment que je suis tombé sur l’étude scientifique qui a démontré la capacité naturelle des vers de farine à biodégrader le polystyrène. Puis, l’idée est revenue au moment opportun !

Votre projet est le lauréat de la toute première édition de Rotary Green Start-up Weekend. Comment avez-vous entendu parler de cet évènement, et qu’avez-vous retiré de ces trois jours ?

Ces derniers mois, j’étais à l’affût de toutes compétitions de startup pour booster le projet. Après des recherches et grâce à une veille faite notamment par Spot de Makesense, je suis tombé sur ce Start-up Weekend.

Et ce weekend de 54h fut incroyable ! J’avais déjà participé à des compétitions de ce type mais celui-ci a été tout particulièrement génial ! J’ai adoré l’incroyable énergie s’y dégageant durant tout le weekend, l’enthousiasme des organisateurs qui l’ont orchestré à merveille (et pour la première, chapeau), la bienveillance et la générosité des experts dans leurs conseils et leur présence, la communauté et le travail de toutes les équipes … Un savant mélange entre challenge, amusement, compétition et partage ! J’en repars avec un projet grandi mais surtout une expérience humaine top, même en visio.

Qu’est-ce qui vous a démarqué des autres concurrents ?

Je ne peux pas le nier, je venais avec un projet déjà bien élaboré. Du moins, c’est ce que je pensais au début. Mais, au final, nous avons trouvé énormément d’aspects à améliorer et travailler ! Nous n’étions qu’une petite équipe de 2, avec Gabriel van den Broek, un formidable partenaire que j’ai découvert pendant cet évènement, et les concepts des autres projets en compétition sont tous excellents ! Malgré cela, nous avons tout donné et travaillé énergiquement pour faire avancer le projet, sacrifiant du sommeil avec de petites nuits de 3-4h. C’est notre passion et notre engouement sur ce projet qui nous a permis d’aller jusqu’au bout !

Que va vous apporter d’avoir gagné ce prix ?

Ce prix est d’abord une reconnaissance pour le travail effectué avant dessus et c’est particulièrement valorisant de savoir que cette idée intéresse et motive de nombreuses autres personnes. Puis, nous bénéficions d’une grande visibilité d’une part, par la presse intriguée par ce concept, d’autres part, par le réseau du Rotary. Ceci nous a déjà permis d’attirer l’attention du public mais surtout de groupes, tel que des fonds d’investissement, dans un moment charnière de notre projet où nous effectuons une levée de fonds pour passer à l’échelle du prototype industriel.

Penchons-nous plus précisément sur votre projet. D’après mes lectures, les « vers mangeurs de plastiques » font l’objet de recherches scientifiques depuis plusieurs années, mais celles-ci étaient parfois entourées de scepticisme, notamment en raison du volume colossal de déchets plastiques qu’il faudrait éliminer. Quels sont les faits qui vous ont convaincu que cette solution peut réellement fonctionner ?

En effet, la quantité mondiale de plastique à dégrader est tout simplement colossale ! Et nous ne détenons malheureusement pas la réponse à cette problématique, car nous venons bien en supplément de solutions industrielles, sur des matières qui n’ont pas encore de solutions écologiques.

Cependant, on constate actuellement un très grand essor pour l’élevage d’insecte en Europe, une demande en protéine croissante mais surtout plus locale et écologique ; un besoin de solutions de traitement de plastique en France avec les arrêts d’importation des pays asiatiques, et plus particulièrement de solutions low-tech … plein de changement dans ce moment de transition écologique et sociétale. Ceci fait que notre solution participant à une économie circulaire, locale et sociale et solidaire, les trois piliers d’un développement durable, a sa place à jouer sur le marché.

Comment expliquez-vous que des vers puissent se nourrir de plastiques et rester en bonne santé avec ce « régime alimentaire » particulier, et que deviendra la matière biodégradée ?

L’« incroyable » capacité de ces larves de Ténébrion est en fait toute simple. L’Homme possèdent des millions de microorganismes dans son tube digestif. Ce microbiote participe à découper nos aliments avant d’être complètement digérés. Tout comme nous, les vers de farine ont aussi des bactéries. Cependant, celles-ci sont très particulières et grâce aux conditions spéciales du tube digestif de ces insectes, elles arrivent même à découper le plastique !  Ainsi, le plastique est dégradé (de 60 à 70 %), les vers de farine en retirent de l’énergie pour vivre, la moitié est transformée en dioxyde de carbone et tout le reste se retrouve sous forme dégradée dans les déjections. Il restera tout de même une petite partie de microplastique que nous terminerons de biodégrader par d’autres techniques.

En somme, la plastique est un aliment comme un autre pour les vers de farine !

Comment les déchets plastiques seront-ils gérés et réceptionnés à leur arrivée dans les fermes de vers ?

Les fermes de vers de farine sont des fermes verticales. C’est-à-dire que, comme des immeubles, nous superposons des bacs les uns au-dessus des autres pour utiliser la hauteur. C’est pourquoi sur de petites surfaces, nous pouvons atteindre de grands volumes d’élevage ! Ainsi, nous avons la capacité de mettre directement dans les caisses le volume de polystyrène expansé équivalent à un mois d’alimentation.

Le plastique entrant sera tout d’abord trié : un flux contenant des additifs séparés de ceux qui n’en ont pas. Après une hygiénisation, ils seront stockés dans des bennes. Avant chaque nourrissage des insectes, les blocs de plastiques reçus seront découpés en des morceaux qui pourront être mis dans les caisses d’élevage.

Combien de vers faudrait-il pour biodégrader tous les déchets plastiques dans le monde, sachant que 5000 milliards de morceaux de plastique flottent déjà dans nos océans (National Geographic) et que plus de 400 millions de tonnes de plastiques sont produites chaque années (Les Echos) ?

S’il faut une réponse, ce sera des trilliards ! Mais il faut bien comprendre que la solution de Worm Generation n’est pas la solution miracle. Nous n’avons pas pour ambition d’aller tout seul à bout de tous les plastiques mais bien de compléter l’offre actuelle. Pour qu’une entreprise et une solution fonctionne, il faut prendre en compte les 3 aspects du développement durable : économique, social, environnemental. A priori, toutes les moyens de recyclage ou revalorisation du plastique ont une visée environnementale. Malheureusement, le social est encore trop délaissé, ce que nous voulons prendre en compte. Et enfin, le plus grand frein au recyclage est bien souvent économique. Nous apportons donc une solution avec un business viable sur des types de plastique particuliers qui ne sont généralement pas rentable avec l’existant.

Imaginons que dans quelques années, cette solution de recyclage de plastiques soit adoptée et développée partout dans le monde, et permette de recycler un tiers du total des déchets plastiques présents sur la planète. Ce résultat plutôt satisfaisant ne risquerait-il pas d’inciter des industriels à continuer de produire du plastique sans chercher d’alternatives, voire à en augmenter la production, et les consommateurs à ne plus essayer de changer leurs habitudes vis-à-vis du plastique ?

En suivant ce raisonnement, il vaudrait mieux ne pas agir avant que 9 milliards d’individus aient changé leurs habitudes ? Je ne pense pas du tout que cela soit vrai. L’urgence nous pousse à devoir trouver des solutions maintenant et non demain si nous espérons voir un monde toujours plaisant dans le futur. Et nous sommes suffisamment nombreux sur Terre pour travailler tous ensemble sur tous les aspects, à savoir changer nos habitudes de consommation, modifier nos modes de production ainsi que mettre en place des solutions pour la fin de vie des plastiques. Il est indispensable que nous adoptons tous une pensée d’économie circulaire, sur la totalité du cycle de vie de nos produits et services.

Enfin, je terminerai pas dire que le plastique n’est pas le diable mais bien un atout écologique et sur de nombreux autres points, par exemple comparé au transport de contenant en verre, beaucoup plus lourd. Nous n’avons simplement pas imaginé les lourdes conséquences de ne pas traiter convenablement ces déchets. De ce fait, nous utiliserons en permanence du plastique, d’où sa production toujours croissante bien que nous n’ayons pas toutes les solutions de recyclage, et ce même si nous changeons nos habitudes.


De nombreux foyers ont adopté le compostage de leurs déchets organiques. Pensez-vous que l’on pourra un jour concevoir une mini ferme de vers pour biodégrader nos déchets plastiques à la maison ?

C’est un concept intéressant et qui me plait ! Cependant, il faut bien comprendre que les Ténébrions meuniers sont des animaux et non des poubelles magiques. Premièrement, ils ne peuvent pas biodégrader tous nos déchets. De plus, la biodégradation n’est pas suffisante au vue de la production moyenne de déchets plastiques et autres d’un ménage. Enfin, cela nécessite de s’occuper soigneusement de ces animaux et je ne pense pas qu’en Europe au moins, nous sommes tous enclin à prendre soin de vers de farine grouillant dans une boîte.

J’imagine plus de telles poubelles avec des procédés optimisés de biodégradation par des enzymes ou microorganismes.

J’ai lu que d’autres insectes, comme des chenilles, et même des enzymes artificiellement créées à partir de bactéries « mangeuses de plastiques » (Center for Enzyme Innovation) peuvent elles aussi biodégrader le plastique. Quelle serait la différence avec les vers de farine ?

Dans tous ces cas, nous parlons de biodégradation et des principes similaires sont en jeux. Il faut imaginer les vers de farine comme des petites salles où toutes les conditions idéales sont réunies pour les bactéries et autres microorganismes (des sortes de mini bioréacteurs que les scientifiques essayent de reproduire artificiellement en grande taille).

La différence majeure est que l’utilisation des vers de farine permet d’avoir une solution économiquement viable : celle-ci est adéquate répondant à un besoin urgent et qui s’inscrit dans un marché actuel émergeant. L’innovation réside dans la combinaison des connaissances scientifiques et de l’opportunité de business !

Par Jeanne Barrie

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