Le Rwanda tourne la page

Incroyable mais vrai, il aura fallu attendre 2012 pour que le Rwanda se dote enfin d’une bibliothèque publique, c’est-à-dire attendre que le rêve d’un groupe de Rotariens ne se concrétise. Pour un pays au sortir d’un génocide ayant causé de profonds traumatismes – il a fait 800 000 victimes (d’avril à juillet 1994) parmi les Tutsis et Hutus modérés – et cherchant à panser ses plaies, ouvrir une bibliothèque peut également sembler une étrange priorité.

Pourtant, nombreux sont ceux à penser que l’analphabétisme et la prépondérance d’une tradition orale ont été des facteurs qui ont contribué à exacerber les tensions entre communautés et à convaincre les Hutus de passer à l’acte – en particulier au regard du rôle joué par la Radio des Mille Collines quant à la propagation de messages de haine.

Photo : Andrew Esiebo

L’idée du projet vient du Rotary club de Kigali-Virunga qui reflète les transformations du pays et dont la création remonte à 2000. En effet, le club est anglophone, car en majeure partie créé par des Rwandais revenus au pays. Des massacres précurseurs du génocide avaient déjà provoqué plusieurs vagues de départs, ce qui explique aujourd’hui la prédominance de l’anglais, car nombreux sont les anciens réfugiés qui ont dû vivre dans des pays anglophones à l’image de Gerald Mpyisi, président fondateur du club, dont la famille avait fui dès 1959.

Cette expérience à l’étranger explique également le choix du club parce que, selon M. Mpyisi, « ceux qui ont vécu en dehors du Rwanda reconnaissent l’importance des bibliothèques ». De surcroît, comme le souligne un autre membre du club, Paul Masterjerb, à l’origine du projet se trouve la volonté d’instaurer une culture de la lecture. Ainsi, la prévention d’un autre génocide est au cœur de la réflexion initiale.

Pour un jeune club, construire une bibliothèque est une tâche bien ambitieuse, voire herculéenne. Toutefois, les membres du club de Kigali-Virunga bénéficient rapidement d’un soutien de poids. Le président rwandais Paul Kagame est l’invité d’honneur de la première collecte de fonds organisée en novembre 2000 qui permet de recueillir 250 000 dollars, soit 20 pour cent du budget estimé. Malheureusement, après un démarrage sur les chapeaux de roue, le club éprouve des difficultés à réunir les fonds nécessaires à la construction du bâtiment en dépit de l’optimisme suscité par ce premier résultat. M. Mpyisi déclare ainsi en 2004 que le projet sera terminé avant la fin de l’année. Il faut en fait attendre 2009 pour que l’action envisagée connaisse un véritable dénouement. Cela prend la forme d’un nouveau coup de pouce de Kagame, dont l’épouse soutient ardemment le projet, qui apporte 500 000 dollars de ses propres deniers pour pouvoir terminer la construction et l’aménagement de la bibliothèque qui a finalement ouvert ses portes en 2012.

Photo : Andrew Esiebo

En 2019, au moment des commémorations du 25e anniversaire du génocide, force est de constater que le projet est un immense succès. La paix qui règne dans la bibliothèque symbolise la quête de paix de tout un pays qui cherche notamment à redorer son blason. Le voyageur de passage sera frappé par la sécurité et la propreté de la capitale, en contraste avec de nombreuses grandes villes africaines. La construction d’un nouveau palais des congrès est également symptomatique d’un pays qui souhaite se positionner en point névralgique de l’Afrique en accueillant de nombreuses conférences et congrès.

Solange Impanoyimana, fondatrice d’une ONG locale, estime que « lorsque les jeunes ont accès aux livres, ils sont exposés à des différences d’opinions » qui leur sont salutaires. À ce titre, l’établissement propose sur ces étagères des ouvrages en anglais, en français et en kinyarwanda. Il est devenu un lieu polyvalent qui présente des expositions et autres activités culturelles. La bibliothèque est enfin devenue un lieu de réunion neutre et couru pour les différentes associations et organisations de la ville—sans oublier que les Rotary clubs de Kigali y disposent d’une salle où ils tiennent leurs réunions statutaires en reconnaissance de leur inestimable contribution.

Cet article est adapté de deux textes parus dans le numéro de février de The Rotarian.

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