Vers une paix plus durable

Avec un nouveau Centre du Rotary pour la paix à l’université de Makerere (Ouganda), un programme de bourses de la paix repensé et des plans ambitieux pour l’avenir, le Rotary International poursuit ses efforts d’harmonie dans le monde.

Par Geoffrey Johnson

Depuis l’inauguration du programme des Centres du Rotary pour la paix en 2002, 810 boursiers ont obtenu leur diplôme de master dans l’un des cinq centres et 514 ont suivi le programme de certificat de celui de l’université Chulalongkorn à Bangkok. Ces diplômés sont devenus des leaders d’opinion dans le monde des sciences de la paix, mais seule une petite fraction d’entre eux — 148 — viennent d’Afrique subsaharienne.

Cela est sur le point de changer. En janvier, le Rotary a annoncé la création d’un nouveau Centre pour la paix à l’université Makerere de Kampala— le premier centre créé en Afrique — et une refonte complète du programme de certificat professionnel. « C’est un réel plus, non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour le Rotary », déclare Bryn Styles, président de la commission Centres du Rotary pour la paix. « Cela augmentera notre crédibilité dans le domaine de la paix. »

L’annonce a été accueillie avec enthousiasme à Kampala. « Il était important pour nous d’élargir notre expertise et notre engagement dans le domaine des conflits et de la paix », déclare Barnabas Nawangwe, vice-chancelier de l’université de Makerere. « Un partenariat avec une organisation internationale comme le Rotary nous permet de démontrer à l’échelle mondiale ce que nous faisons depuis 20 ans dans notre environnement local. Ce que nous avons appris ici, nous pouvons l’utiliser pour répondre aux conflits dans le monde entier. »

makerere

Le Rotary cherchait un programme qui s’appuie sur l’expertise et l’expérience régionales des personnes touchées par les conflits, explique Jill Gunter, responsable du service des Centres du Rotary pour la paix au siège du Rotary. Makerere, qui offrait déjà un programme d’études sur la paix et les conflits, était idéal en raison de sa concentration sur la consolidation de la paix et la transformation des conflits au niveau local. « Le programme attirera des candidats dévoués à travailler pour la paix dans toute l’Afrique, ajoute-t-elle. L’Ouganda peut dispenser des connaissances et des pratiques sur l’accueil des réfugiés dont le monde entier et peut s’inspirer, et Makerere a montré sa volonté et son désir d’adapter ses programmes aux besoins et aux exigences du Rotary. »

  1. Nawangwe s’attend à ce que les Rotariens locaux jouent également un rôle important dans le succès du nouveau centre. « Il y a beaucoup de clubs en Afrique qui sont engagés dans la cause de la paix, alors ils ont beaucoup à offrir, affirme-t-il. Makerere est située au cœur de la région des Grands Lacs, qui a historiquement connu le plus de conflits en Afrique. C’est pourquoi nous y avons établi notre programme sur la paix. Nous avons un formidable corps enseignant qui comprend et peut éduquer sur les conflits et la paix. » M. Nawangwe s’attend à ce que les boursiers de la paix fassent des stages sur le terrain dans des régions aux prises avec les séquelles d’un conflit, comme le Sud-Soudan et le Rwanda. « Nous nous adresserons aux communautés pour savoir ce qu’il s’est passé, ce qui a été fait et ce qu’il reste à faire », dit-il.

Les Rotariens de la région ont été « très enthousiastes » à l’idée d’ouvrir ce nouveau Centre pour la paix, explique M. Styles. « Le nouveau programme de certificat de Makerere apportera aux boursiers l’éducation et l’expérience pratique qui leur permettront de retourner dans leurs communautés avec les outils nécessaires pour créer un changement social positif », ajoute-t-il.

Lorsque les premiers boursiers commenceront leurs études à Makerere en janvier 2021, ils seront initiés au nouveau programme de certificat d’un an du Rotary en consolidation de la paix, transformation des conflits et développement. Le Centre pour la paix de l’université de Chulalongkorn, qui proposait jusque-là une version de trois mois du programme de certificat, adoptera également le nouveau modèle.

« Il était important d’intégrer le programme de certificat dans l’écosystème plus large du Rotary dans la consolidation de la paix », explique Surichai Wun’Gaeo, directeur du centre pour la paix de Chulalongkorn. « Nous voulons aussi nous aligner davantage sur les efforts de paix positive et favoriser une compréhension holistique de la relation entre la paix et le développement. Dans le passé, lorsque nous parlions de paix, c’était distinct du développement. La paix était considérée comme un secteur à part. Nous allons maintenant passer à une approche globale de la construction de la paix. »

Dans le nouveau modèle, chaque programme de certificat acceptera une promotion d’au plus 20 boursiers deux fois par an — la demande de bourse en ligne est d’ailleurs disponible pour 2021/2022. Les candidats qualifiés pour le programme de certificat seront des professionnels avec un minimum de cinq ans d’expérience dans le domaine de la paix et du développement. Ils doivent travailler sur ou avoir une idée d’initiative qui favorise la paix ou le changement social dans leur milieu professionnel ou leur communauté.

Le programme débutera par un cours en ligne pour fournir à chacun des nouveaux boursiers des connaissances de base sur les sciences de la paix et le développement. Cela leur permettra également d’échanger des idées sur leurs initiatives de paix et de changement social.

makerere univ

Une session de 10 semaines suivra au Centre pour la paix, où les boursiers travailleront sur leurs initiatives et créeront des plans pour les mener à bien. Après une étude des principes fondamentaux de la consolidation de la paix et de la résolution des conflits, le programme se concentrera sur les droits de l’homme, la gouvernance et le rôle des médias dans les conflits, entre autres ; il aidera également les boursiers à acquérir des compétences pratiques, par exemple en médiation et en négociation. Pour renforcer le partenariat stratégique du Rotary avec l’Institut pour l’économie et la paix, un atelier d’une semaine sera aussi consacré à la théorie et à la pratique de la paix positive. Les boursiers consacreront enfin deux semaines à des études sur le terrain, ce qui leur donnera l’occasion de participer à des séances pratiques, pour un apprentissage par l’expérience. À Makerere, par exemple, il est proposé que des boursiers se rendent dans l’ouest de l’Ouganda et à Kigali (Rwanda) pour étudier les conflits ethniques et les atrocités de masse. Tout cela se produira dans un contexte régional, ce qui pourrait signifier que l’accent sera mis sur les réfugiés, les conflits induits par le climat et la consolidation de la paix dans des sociétés divisées.

À la fin de la session de 10 semaines, les boursiers retourneront à leur travail ou dans leur communauté où ils mettront en œuvre leurs initiatives au cours des neuf mois suivants, assistés d’un mentor choisi parmi le corps enseignant ou le réseau de professionnels de l’université. Les boursiers participeront également à des séances de formation interactives en ligne avec d’autres membres de leur promotion.

À l’issue du programme d’un an, les boursiers retourneront au centre pour une séance de clôture d’une semaine au cours de laquelle ils pourront réseauter, écouter des experts dans le domaine de la paix et du développement, réfléchir à leurs initiatives et en rendre compte. Afin de favoriser les relations à long terme, les uns avec les autres et avec le Rotary, la promotion revenant pour sa dernière semaine est présente au même moment que la suivante qui commence sa première session sur place. Une fois le programme terminé, les diplômés continueront de perfectionner leurs compétences en leadership et se réuniront périodiquement pour faire le point, s’inspirer et s’encourager mutuellement, le tout dans le but de créer un noyau régional solide d’artisans de la paix.

D’autres changements sont encore à venir pour les programmes du Rotary pour la paix. En 2022, un programme de master renforcé, plus largement axé sur le lien entre paix et développement, et aligné avec chacun des six axes stratégiques du Rotary, sera proposé, et deux autres Centres pour la paix proposant le programme de certificat devraient voir le jour en 2030 — un en Amérique latine ou dans les Caraïbes et un autre au Proche-Orient ou en Afrique du Nord.

« Makerere apportera aux boursiers l’éducation et l’expérience pratique qui leur permettront de retourner dans leurs communautés avec les outils nécessaires pour créer un changement social positif »

« C’est un réel plus, non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour le Rotary. Cela augmentera notre crédibilité dans le domaine de la paix. »

Peggy Asseo aime raconter une anecdote qui illustre bien la générosité inspirée par les Centres du Rotary pour la paix. Directrice des services Legs et Dons majeurs au Rotary International, elle faisait partie d’un groupe discutant du nouveau Centre du Rotary pour la paix prévu à l’université de Makerere. Deux membres de ce groupe — l’entrepreneur nigérian Sir Emeka Offor et l’ancien ambassadeur des États-Unis au Nigéria  Howard Jeter — se sont à un moment éloignés pour échanger en privé et, à leur retour, M. Offor avait une annonce à faire.

Peggy Asseo reprend l’anecdote à partir de là : « Sir Emeka a sorti son chéquier et a fait un don de 250 000 dollars de sa fondation. Il a annoncé qu’il s’agissait de couvrir les frais de lancement du nouveau Centre pour la paix et de soutenir le recrutement de candidats nigérians. Il a conclu en disant : ‘J’espère que mon don servira d’inspiration aux autres Africains pour qu’ils en fassent de même pour leur pays’. »

C’était un moment étonnant, même de la part d’un homme connu pour sa générosité —au fil des ans, M. Offor a en effet donné 3 millions de dollars à des causes rotariennes. Pourtant, cela n’est pas tout à fait rare. Au Japon, après que le district 2760 ait fait un don de 250 000 dollars au Centre pour la paix de Makerere, Seishi Sakamoto du Rotary club de Nagoya Meita a fait une contribution du même montant. En soutenant le nouveau Centre pour la paix, dit-il, « nous contribuons à fournir une ressource importante pour créer la paix et réduire les conflits dans toute l’Afrique ».

A 8 000 kilomètres de là, de l’autre côté du Pacifique, Joseph P. et Linda Grebmeier, membres du Rotary club de King City (Californie), ont promis une dotation d’un million de dollars au nouveau Centre pour la paix, exprimant l’espoir que leur « engagement aidera à soutenir les programmes du Rotary en Afrique et dans le monde ».

La générosité des Rotariens a toujours suivi les progrès des Centres du Rotary pour la paix. Depuis leur création en 2002, 7 000 donateurs ont fait 15 000 dons ou promesses totalisant 172 millions de dollars. « Les Rotariens se sont mobilisés pour soutenir les Centres pour la paix, tout comme ils l’ont fait pour soutenir les subventions mondiales et les autres actions humanitaires du Rotary, explique Mme Asseo. Tout cela est possible grâce à ces donateurs. »

Et elle est particulièrement heureuse que les contributions d’Offor, de Sakamoto et des Grebmeier proviennent d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord. « Ces dons importants provenant de trois continents différents sont le signe une reconnaissance mondiale de la valeur d’un centre du Rotary pour la paix en Afrique », conclut-elle.

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